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Processus

LMB : description du processus
– Une maison et son contenu (tout a été photographié).
– Dix-sept lieux répertoriés (relevés de plans).
– Chaque lieu identifié par un numéro d’ordre – 1 à 17 (de la plus grande à la plus petite surface) – et une couleur.
– Chaque meuble ou groupe d’objets est identifié par une suite de numéros.
– Chaque numéro correspond à une situation : le lieu, la situation dans le lieu (posé au sol, suspendu au plafond, accroché sur un mur – à droite, au fond, à gauche, derrière) dans l’axe façade  jardin, l’inventaire général, la situation dans le meuble (tiroir, étagère, casier…), l’ordre dans lequel l’objet (ou les objets s’ils sont identiques) a été prélevé, le ou les objets qu’il contient, etc.
– Le contenu de la maison a été authentifié par un commissaire-priseur, un document de 23 pages en certifie l’existence.
– Chaque fois qu’un ensemble d’objets est « exploité » pour être exposé, il est intitulé EXTRAIT et porte un numéro l’identifiant ainsi que le nom de ville où il est installé.
– Cinq éléments constants introduisent à l’EXTRAIT exposé :
1) le titre, sous la forme de 3 bandes (égales) de couleur,
2) le fac-similé des 23 pages du document légal,
3) le tracé (sans indication de lieu ni d’échelle) du déplacement des objets depuis le lieu d’origine (la Maison) jusqu’au lieu d’exposition,
4) les points de coordonnées du lieu d’origine et du lieu d’exposition (réf. couleur d’un des 17 lieux d’où sont extraits les objets et gris pour le lieu d’expo),
5) les « remerciements » (à toutes les personnes qui ont apporté leur contribution dans l’élaboration du projet) sous la forme de carrés divisés en bandes de couleur – idem titre – alphabet Herbin.

– Chaque objet – ainsi que son (ses) contenu(s) – est décrit succinctement dans un cahier d’inventaire, il est identifié par une suite de numéros, puis décrit de manière plus approfondie dans une notice.
– Les objets décrits sont présents dans l’installation de l’exposition, ainsi que la couleur du lieu d’où vient l’EXTRAIT.
– Un fascicule (à la couleur du lieu de l’EXTRAIT) est édité, il fait partie de l’installation et énumère l’ensemble du contenu de l’exposition ; en 4e de couverture est reproduit le plan du lieu d’où sont extraits les objets.

Décrire

Phase préliminaire à tout EXTRAIT, la description se fait en un premier temps sur des feuillets à colonnes et définit de façon succincte mais précise la dénomination de l’objet, sa matière, sa couleur, ses particularités, ses dimensions.
Cette phase est le prolongement logique de l’inventaire légal, en l’attente d’une exploitation spécifique à un lieu d’exposition.

Les représentations graphiques
En parallèle aux notices, elles s’en tiennent à l’essentiel, au dénominateur commun qu’est le nombre, ce par quoi commencent toutes les descriptions et qui « représente » le moyen minimal de nommer les objets.
La volonté de distanciation à l’objet atteint ici son paroxysme ; ne demeure que le strict minimum : l’énumération et la couleur de référence des différents niveaux d’approfondissement de contenant à contenu.
Le langage (la description) n’offrant qu’un changement relatif du mode de « représentation », l’interprétation graphique, par son abstraction, permet de formaliser le nombre sous des aspects différents à chaque EXTRAIT.
L’apparence de ce point de vue plastique étant a priori le premier élément remarqué dans l’exposition, chaque EXTRAIT acquiert ainsi une identité – indépendamment du lieu – qui lui est propre.

Les notices
Dès lors que les objets sont codifiés et nommés dans le cahier d’inventaire, la rédaction des notices descriptives de chacun d’entre eux (dans un ensemble déterminé) est une phase de travail qui n’est pas nécessairement chronologique dans l’élaboration d’un EXTRAIT.
Avant toute rédaction, la manipulation est, naturellement, la seconde approche qui déterminera le contenu même du texte.
Pas de méthode particulière, mais plutôt une relation à la fois sensible et neutre à l’objet, parfois ambiguë.
L’observation reste distanciée mais non totalement dépourvue d’affect, le temps d’observation est plus ou moins long selon la complexité de l’objet ou l’intérêt qu’il suscite d’un point de vue anecdotique ou formel.
Le temps joue également son rôle dans le processus de rédaction. Au bout de quelques heures, la fatigue, la lassitude, voire le découragement, vont modifier l’attention et avoir une incidence sur le mode descriptif. Certaines notices sont reprises et développées, certains ensembles d’apparence similaire (cartes postales, documents papier, etc.) sont décrits globalement et simplement dénombrés, ou détaillés un à un dans leurs moindres particularités. D’une « séance » à l’autre, le mode de description peut changer dans les termes utilisés précédemment.
Il ne s’agit en aucun cas de descriptions scientifiques, mais au contraire d’observations faites selon l’humeur du jour ou du moment.

Les objets
Au même titre que l’inventaire légal, les objets témoignent de leur existence par leur présence physique dans chaque EXTRAIT.
Néanmoins, en aucun cas, ils ne sont exhibés en tant que tels. Ils ont été « montrés » – pour les trois premières expositions – dans des vitrines ou des
capots opalisés qui permettent seulement d’en distinguer la forme vague, la coloration.
Dans d’autres cas, ils pourraient rester emballés dans leurs cartons ou caisses, dissimulés mais présents dans le processus d’installation, de même que leurs éventuels contenus qui demeurent à l’intérieur de l’objet.
Leur présence dissimulée tend à signifier une distance entre réel et imaginaire, interprétation et mémoire.
De même qu’ils étaient enfermés dans la maison, cachés derrière les murs ou dans des meubles clos au regard, ils sont là parce que leur présence – même secrète – renvoie à l’origine du projet, au point de départ.
En l’attente d’un éventuel transfert du contenu de la maison dans un lieu de stockage approprié, les ensembles d’objets, identifiés sous un numéro d’ordre X, sont rangés dans des emballages (caisses, cartons) séparés et référencés en fonction des différents espaces contenants d’un meuble ou, dans certains cas, de la totalité d’un lieu ne permettant pas un classement rigoureux (cave, grenier, pièce débarras).

La couleur
Point de départ de l’idée de couleurs : identifier et nommer.
Emprunt de l’alphabet plastique de Herbin pour le titre LMB ainsi que pour les « remerciements » réduits aux initiales des collaborateurs ou toutes personnes ayant contribué à l’élaboration du projet et ses réalisations (expos, etc.).
Les couleurs identifiant les différents lieux de la maison ont été tirées au sort parmi les 26 lettres de l’alphabet – soit 17 couleurs associées aux EXTRAITS sous quelque forme que ce soit.

Un autre choix de couleurs identifie les différents degrés d’approfondissement de l’inventaire des objets (contenant – contenu) – ROUGE, NOIR, VERT, BLEU, ORANGE, GRIS… ; il concerne essentiellement le traitement des nombres représentés sous forme de « graphismes » ou diverses représentations abstraites.
La couleur (ou les couleurs) peuvent être un sujet à part entière comme par exemple : toutes les surfaces de la maison, nommer des objets…

L’inventaire
Constater, acter l’existence, la « réalité » des choses, donc faire appel à un homme de loi.
Guider aussi son travail dans le sens d’une méthode qui pourra être utilisée telle quelle, donc inventer d’abord la méthode de classement lieu par lieu selon l’usage que je veux en faire.
Le commissaire-priseur attribue une valeur marchande aux objets, beaucoup d’entre eux sont déclarés sans valeur.
Pouvoir comparer plus tard au regard des « extraits » sortis de la maison et ayant acquis un autre statut, ou seulement comparer les estimations d’un temps à un autre.
Vidéo : Le travail sur l’inventaire

La maison
Laisser les choses à leur place, ne rien déranger ou presque, voilà la première étape. Considérer cet état des choses comme une fin et un commencement, considérer ce « tout » – objets, meubles, vêtements, matériaux divers, et la maison même – non plus comme ayant encore un possible usage mais comme sujet global à une réflexion et – pourquoi pas – au sujet de l’art. Faire quelque chose qui pourrait « faire œuvre » et dont les bases ont été créées inconsciemment par la vie, des vies successives qui ont laissé ces traces.
Pour cela, il fallait une conjoncture particulière qui m’autorise à être le seul à pouvoir décider du devenir de cet ensemble : le défaire ou le préserver de la dispersion.
Ce choix fait, le statut de cette accumulation change si je décide de me l’approprier pour cet autre usage ; celui d’une certaine idée d’un travail dont la principale et première étape sera d’en dresser l’inventaire.

Exposition(s)
Point final du travail, aboutissement d’une partie du projet, l’EXTRAIT, par le fait d’être « exposé », acquiert son identité et sa réelle indépendance au regard de l’ensemble de l’inventaire. Son identité tient dans le fait que sa forme plastique et la manière dont sont traités les différents éléments seront décidées en fonction du lieu d’accueil et de ses contraintes. Si cet EXTRAIT devait être installé dans un autre lieu, l’aspect formel en serait identique mais réadapté à cette nouvelle configuration.
Des notes de principe, prises en dehors de tout contexte, pourront aider à réactualiser des idées déjà anciennes, mais la confrontation à un espace concret et les échanges de propos – voire la collaboration – avec le commissaire de l’expo auront un impact certain sur le choix de la proposition.
Tout ou partie des éléments constitutifs du processus devront trouver leur place dans l’installation sous quelque forme que ce soit.

Notes Patrick Bougelet


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